Des boules presque identiques, et une seule qui arrive.
Comme au vrai billard, la casse part toujours du même endroit : la blanche est posée sur la mouche, et le coup va vers la droite. Seul l'angle change d'un coup à l'autre. La position de départ est mesurée avec quinze décimales, la limite d'un ordinateur. Les fantômes ne diffèrent qu'après la quinzième. Chaque choc sur le plot multiplie l'écart, et les chiffres s'éteignent un à un. Les quinze anneaux du miroir central s'éteignent avec eux. Quand il n'en reste aucun, les poches s'ouvrent.
Au départ, toutes les boules frappent ensemble et jouent la même note. Puis les chocs se décalent d'une fraction de milliseconde, et on entend un phasing à la Steve Reich, qui s'ouvre peu à peu en polyphonie.
Chaque fantôme a sa couleur, et leurs traits s'additionnent comme de la lumière. Tant qu'ils sont superposés, le trait est blanc. En divergeant, il s'ouvre en arc-en-ciel, comme dans un prisme.
La poche dorée est fixée avant le coup. La première boule qui y tombe devient la ligne choisie : sa trajectoire se rallume à rebours, et ses notes rejouent à l'envers. Le futur réécrit le passé, comme dans la double causalité de Guillemant.
Le billard de Sinaï (un plot rond dans une table rectangulaire) est chaotique, c'est démontré depuis 1970. Chaque choc sur le plot multiplie un petit écart, environ par dix ici. Quinze décimales sont donc perdues en une quinzaine de chocs sur le plot, quelle que soit la précision de la mesure.
Philippe Guillemant, avec Marc Medale et Cherifa Abid, en tire un indéterminisme fondamental : il faudrait plus d'information au départ que dans toute l'histoire des trajectoires. Il en fait la base de sa double causalité, qu'il présente lui-même comme une hypothèse métaphysique tant qu'elle n'est pas validée.
Chaîne audio : voix FM avec un passe-bas par voix (ouvert selon l'angle du choc), puis un passe-haut à 45 Hz, un passe-bas général réglable, un écho filtré dans sa boucle (passe-bas 2,2 kHz, passe-haut 180 Hz) et un compresseur. La basse a son propre passe-bas à 260 Hz. Le calcul est exact : chaque trajectoire va de choc en choc, sans approximation de pas de temps.
Sources : guillemant.net, introduction à la double causalité · doublecause.net