Ce qu'on voit. Chaque pétale en l'air est un oscillateur : son angle sur le cercle est sa phase, un fil très fin le relie au centre. Quand le vent les pousse tous ensemble, ils se regroupent en amas et l'aiguille d'or s'allonge : c'est le paramètre d'ordre R de Kuramoto, de 0 (chacun pour soi) à 1 (tous ensemble). La sphère garde le cerisier, seul souvenir de l'estampe. La couronne est le tapis de pétales, sur les vrais radeaux du cœur.
Ce qu'on entend. Le même cœur que l'estampe, la même saison, les mêmes gammes. Le koto laisse la place à des lames frappées (la recette modale de Quilles : bois dans le grave, lame au milieu, verre en haut) ; il reste en trace sur quelques ré et la graves.
La nappe. La note d'orgue suspendue est devenue un vrai jeu d'orgue : le fond de 8 pieds, le prestant de 4 (une octave), le nasard de 2 ⅔ (une quinte au-dessus de l'octave), la doublette de 2 (deux octaves). Plus les oscillateurs s'accordent, plus on tire de jeux, plus le filtre s'ouvre et plus les voix s'écartent dans l'espace.
La basse. Elle tient toute la saison, sur la note grave de l'accord, et glisse d'une note à l'autre. Le premier temps de la pulsation commune la pousse un peu.
La boucle. À la fin de la saison, plus aucune note : on laisse la résonance s'éteindre complètement, puis le cycle suivant repart de la neige.
Le mur du fond. Le projecteur y envoie Sakura en plein air, en silhouette : même saison, même heure et même lune qu'à Kyoto, et les pétales qui tombent sont les vrais oscillateurs. Deux lampes projettent la même image : décalées quand les oscillateurs sont épars, elles se recalent quand ils s'accordent. La mise au point du mur, c'est le paramètre d'ordre R.
Le cerisier hors sol. Dans la sphère, un spécimen sans couleur, racines nues : il attend une terre. Sur le mur, une place vide l'attend dans l'allée, à son tracé exact. Quand la floraison est là et que les oscillateurs s'accordent, ses fleurs quittent la sphère et s'ouvrent dehors, en rose. Si l'accord se défait, elles reviennent.
Le chat. Il regarde l'aiguille. En plein écran, il ne reste que son ombre, devant le film.
Le Chemin de la philosophie, à Kyoto, au temps des cerisiers. Chaque pétale qui tombe se balance comme un pendule. Quand une rafale passe, tous les pétales en l'air reçoivent la même poussée et se mettent à se balancer ensemble.
Vue laboratoire : le modèle de Kuramoto nu sur sa table, avant que l'estampe n'en fasse un paysage. Mêmes saisons, mêmes gammes ; des lames frappées, et une nappe d'orgue qui s'ouvre quand les oscillateurs s'accordent.
Une saison de floraison, condensée : la neige sur les bourgeons, les fleurs qui s'ouvrent une à une, pleine floraison, tempête de pétales, radeaux de fleurs sur l'eau, puis feuilles nouvelles. Le vent est celui de Kyoto en ce moment (Open-Meteo), l'heure et la lumière aussi.