Un vrai cristal pousse, cellule par cellule, et sert de disque de boîte à musique. Le bras tourne : chaque fois qu'il rencontre du givre sur une des dix-huit dents, la dent est pincée. Le centre joue grave, les pointes jouent aigu.
Le flocon tombe. Il traverse le ciel réel, couche par couche : l'air de chaque altitude décide de sa forme. Les bras gardent la trace de ce voyage.
Le carillon. Le givre qui se forme à l'instant sonne tout de suite, très doucement, une octave au-dessus. Tu choisis son moteur : verre (FM à deux opérateurs, famille Plaits et DX7), bois (modal de Quilles), corde (Karplus-Strong).
Ce qui vient de geler chante le plus fort, l'ancien givre s'efface. Le ressort se détend, le bras ralentit, la résonance s'éteint jusqu'au silence. On remonte, autre ciel.
Reiter, 2005. Une maille hexagonale, deux réglages : β, la vapeur de fond, et γ, ce qui arrive sur la glace. γ faible donne des dendrites, γ fort des plaques.
Nakaya, années 1930. Son diagramme lie la forme à la température et à l'humidité : plaques vers −2 °C, aiguilles vers −5 °C, plaques et étoiles vers −15 °C. Il disait des flocons que ce sont des lettres envoyées du ciel.
Kepler, 1611. Son traité sur la neige à six angles est une étrenne de Nouvel An. Le calendrier tombe juste : décembre.
Honnête : le modèle est plat, il ne fait ni colonnes ni aiguilles. Le passage de la température et de l'humidité à γ et β est notre transposition, pas une loi physique. Les dents suivent les modes d'une lame encastrée (1 ; 6,27 ; 17,55).
Six notes pour six bras. Tout en haut, à −50 °C, la gamme par tons : six notes à égale distance, aucun centre, comme le cristal. En tombant, une seule note bouge à la fois : gamme mystique de Scriabine, puis lydienne sans quinte, puis majeure sans quarte. Le flocon se réchauffe, l'harmonie se pose.
L'écrevisse. Le cristal a un miroir tous les 30° : la partition se lit presque à l'envers une moitié sur deux, et revient six fois par tour, en changeant un peu. C'est le procédé additif de Glass, donné par la géométrie.
La pédale. Basse doublée à la Quilles, sans écho. Le liseré s'ouvre avec la masse de glace. Plus elle tient, plus les notes du haut peuvent flotter.
Le lent fait la scène : température et humidité à huit altitudes (Open-Meteo), vent en surface pour le souffle.
Le rapide fait le grain : champ magnétique de Boulder à la seconde (USGS) dans le tremblé du mécanisme.
Tes time-lapses : chaque tour du bras est une phrase, et le grain de Solidor décide de sa force, son bleu règle la réverbe.
Sons : glace et pas dans la neige (BigSoundBank), lac gelé (anilan, Freesound, licence à vérifier avant publication).